1. Aperçu :
Le mot tifinagh est le pluriel du mot tafineght qui désigne une lettre de l'alphabet amazigh.
C'est l'un des plus anciens alphabets du monde et la seule écriture authentiquement africaine qui ait survécu (l'écriture d'Ethiopie est issue du Yemen).
Les historiens estiment qu'il serait âgé d’au moins 2500 ans.
On en trouve des traces à peu près partout où les Amazighes ont vécu au cours des millénaires : îles Canaries, Maroc, Algérie, Tunisie, Lybie et dans différents endroits du Sahara.


L'origine du Tifinagh reste mystérieuse, on n'a pas de date précise de son apparition et l'on a longtemps pensé qu'il était un simple dérivé de l'alphabet de Carthage. Mais les scientifiques sont désormais d'accord pour dire que, même si quelques lettres ressemblent à celles de Carthage, les symboles utilisés sont purement amazighes.
Les lettres du Tifinagh pourraient être d'anciens symboles magiques que les Amazighes utilisaient depuis la Préhistoire et qu'ils convertirent petit à petit en lettres.
Dans le sud du Maroc, à 250km de Dakhla, à Aousserd, des tombes de plusieurs milliers d’années ont été découvertes en 2004. On y connaissait déjà un monument amazigh en forme d’obélisque recouvert de Tifinagh.

2. Alphabet national :
Il n'est pas exagéré d'affirmer que pendant longtemps le Tifinagh fut considéré comme l'alphabet national des Amazighes par excellence.
En effet, il existe de nombreuses traces qui montrent que dans les villes où les Carthaginois étaient présents, les Amazighes tenaient souvent à écrire non seulement dans leur propre langue, mais avec leur propre alphabet.
Ci-dessous, un mausolée d’un roi amazigh en Tunisie, construit il y a 2200 ans.

Ce monument comportait une inscription en punique (langue des Carthaginois) et en amazigh (sur la droite).


Vous pouvez y lire entre les deux lignes vertes, les lettres MSNSN (de droite à gauche) en ancien tifinagh, qui représentent le nom du grand roi amazigh MASINISA (car les voyelles n’étaient pas notées).
En Tamazight le nom se prononçait MASENSEN ou MASINISAN.
Plus tard, les Amazighes qui habitaient dans les territoires sous domination romaine avaient tenu absolument à conserver, à côté du latin officiel, leur langue et leur écriture sur leurs tombes.
Voici quelques illustrations :

On constate qu'ils avaient une vraie conscience nationale et que l'emploi du Tifinagh en était un élément important.
Malheureusement, au cours du temps et à cause des différentes invasions et bouleversements que connut l'Afrique du Nord, les Amazighes cessèrent d'utiliser leur écriture qu'ils oublièrent. Seuls ceux qui s'étaient réfugiés dans le désert, furent assez protégés pour préserver le Tifinagh, ce sont les Touaregs.
3 Diversité :
Dans le monde et de tout temps, les systèmes d'écriture ont dépendu des pouvoirs qui les ont institué. En l'absence de pouvoir central unique, les façons d'écrire se diversifiaient. Ainsi, dans l'Antiquité, il exista d'abord une dizaine d'alphabets différents en Grèce, chaque citée ayant le sien. De nos jours aussi, le Maroc a eu et a encore une façon spécifique de noter certaines lettres arabes.
Le Tifinagh n'échappa pas ce phénomène. Les Amazighes s'étaient étendu sur une surface immense, des Îles Canaries à l'Egypte. Aucun pouvoir dans l'histoire ne fut assez puissant pour dominer toute cette région, l'Afrique du Nord était divisée en différents royaumes ou confédérations de tribus amazighes. Ce qui explique pourquoi l'on retrouve différentes variétés de Tifinagh, selon que l'on soit au Maroc, en Algérie, en Tunisie ou au Sahara.
L'évolution des alphabets avec le temps et la diversification des parlers accentuèrent ce phénomène.
Il en est de même à notre époque, l'Autorité n'étant pas la même au Maroc, en Algérie ou au Niger, on trouve des Tifinaghs qui ne sont pas les mêmes partout.