Fethi Benkhlifa
Youssef Aït Akdim, envoyé spécial à Djerba
Fethi Benkhlifa ou la fierté retrouvée
Élu à la tête du Congrès mondial amazigh, ce militant libyen de la première heure veut convertir le rôle des siens pendant la révolution en capital politique dans l’après-Kaddafi.
C’est un homme pressé mais discret. À 46 ans, Fethi Benkhlifa (crédit photo : Nicolas Fauqué/Imagesdetunisie.com) a déjà une vie bien remplie derrière lui. Homme aux multiples casquettes, il a vécu en exil près de vingt ans. Déjà enfant, il prend conscience de son identité amazigh : « Je suis redevable à ma grand-mère de la moitié de ma culture populaire. Elle ne parlait pas d’autre langue que le tamazight. » Ingénieur en énergie atomique, formé à Moscou, il retourne au pays mais ne trouve pas sa place dans le système Kaddafi. Militant amazigh depuis ses années d’étudiant, il trouve un point de chute à Rabat, où il épouse la fille de l’actuel ministre des Affaires islamiques et intellectuel amazigh Ahmed Toufiq. Cette parenté avec le Makhzen ne le protège pas de la vengeance du « Guide ». Sur pression de Kaddafi, il est expulsé du Maroc en 2010, après seize ans de résidence, et doit abandonner affaires et famille.
Apatride, privé de documents officiels, il émigre aux Pays-Bas. Au fonctionnaire néerlandais qui lui prépare de nouveaux papiers, il explique que le patronyme même est cause de soucis sous Kaddafi. « Vous êtes maintenant dans un pays libre, choisissez le nom qui vous convient ! » rétorque le Batave. Résultat, Dr Benkhlifa devient Mr Nkhlifa, né à Zawara, Libye. Une revanche symbolique mais attestée par la carte de résident. Aujourd’hui, Benkhlifa est officiellement conseiller du nouveau ministère de la Justice et continue de voyager entre les Pays-Bas, la Libye et le Maroc. Son portable marocain « fonctionne partout ». Car s’il garde des attaches à Rabat, où sa femme et le puîné de ses enfants habitent toujours, il enchaîne les voyages depuis huit mois pour faire entendre la cause des Amazighs libyens. Le 26 septembre, il coordonne, à Tripoli, la Conférence nationale amazigh. Depuis, il continue de faire pression sur le Conseil national de transition pour obtenir l’officialisation de la culture amazigh dans la future Constitution.
Redite ? Pour ce militant laïc, le danger n’est pas tant l’islamisme des Frères musulmans que le consensus lâche autour de la charia : « En tant qu’Amazighs, nous sommes opposés à l’uniformité culturelle, qu’elle soit sous la bannière de l’arabe ou de l’islam. » Tant que la libération totale de la Libye n’est pas achevée, l’idée d’un parti politique berbère n’est pas à l’ordre à jour. Mais après ? « Tout est possible. » Visage médiatique de la fierté retrouvée des Berbères de Libye aujourd’hui, opposant amazigh demain ? Pour Benkhlifa, l’avenir pourrait être une redite du passé.


